Brûler l’OMC ?

Ayant étudié pour le mémoire de fin d’études (qui, soit dit on passant était loin de clore mes études) le système multilatéral de l’OMC et les implications d’une éventuelle accession de l’Algérie sur son secteur énergétique, ce sujet me tient à cœur.

On entend parler de ces interminables négociations entre l’Algérie et les membres de l’OMC, mais concrètement que gagne l’Algérie ? Etant à l’époque étudiant et de surcroît dans un service public qu’est l’enseignement supérieur, j’étais tenu en quelque sorte à un semblant de conformisme : tous les mémoires qui traitaient ce sujet donnaient l’Algérie gagnante, avec une imminente accession dans les jours qui suivent (même moi je m’y suis mis !). Sur un plan général, on argumente l’accession en se basant principalement sur l’investisseur (il a bon dos d’ailleurs l’investisseur étranger). Ce dernier aura une « visibilité à long terme sur l’économie du pays ». Soyons sérieux, je suis un investisseur étranger et je voudrai placer mon argent dans un pays, à quoi cela m’avancera-t-il de savoir que ce pays est membre de l’OMC ou pas ? Il cherchera en réalité :
1- la sécurité
2- le moins de bureaucratie possible
3- éventuellement la facilité d’accéder au foncier s’il compte y implanter une firme

Ces conditions ne sont bien évidemment pas liées intrinsèquement à l’OMC, il s’agit juste pour un gouvernement de le vouloir car les trois points cités ne sont que des rôles régaliens et l’OMC régie le commerce international. Qu’exportons-nous pour s’y intéresser et y accéder ? A moins qu’on ne change nos sales habitudes et que nous construisons une vraie économie à long terme, les négociations pour l’accession sont une perte de temps et d’argent.

Observons cette carte (ça fait plus intello avec une carte), la majorité des pays y sont membres, c’est vrai. Parlons des non-membres, ou plus communément appelés « pays observateurs » : il y’a la Russie, pour des raisons idéologiques je suppose, mais aussi des pays asiatiques dont on ne parle pas beaucoup : l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan, etc. la similitude avec l’Algérie n’est pas difficile à trouver : ces pays ont d’immenses richesses en hydrocarbures. Le Viet Nam a fait les frais de la négociation en solo et de la pression multilatérale et était obligé pour accéder à l’OMC d’aligner ses prix intérieurs du gaz sur les prix des marchés extérieurs. Peut être qu’il est dans l’intérêt de l’Algérie de négocier avant tout avec ces pays asiatiques avant de conclure cette accession … surtout quand on sait qu’il n’existe pas encore d’accord à l’OMC qui régissent le commerce d’énergie.

Récemment avait eu lieu de nouvelles négociations entre membres de l’OMC dans le cadre du cycle de Doha. Deux choses : primo, j’ai pu confirmer le comportement on ne peut plus hypocrite des supers puissances mondiales, qui prônent de jour comme de nuit le libéralisme absolue alors que leurs gouvernements continuent de subventionner divers secteurs de leurs économies. Secondo, l’échec des négociations est, pour moi, un point positif, car cela signifie que réellement il ya négociation et non des agissements unilatéraux, et que, au sein de l’OMC, les pays du Sud ont encore leurs mots à dire, fait pas tout à fait évident dans d’autres Institutions mondiales. Les altermondialistes crient « brûlons l’OMC », moi je murmure « brûlons les hypocrites ».

Personnellement j’ai une assez forte attirance pour les contrastes et les paradoxes : l’image du tout début de l’article peut exprimer une poignée de main signe d’une complicité, tout comme elle peut représenter un bras de fer bien viril, c’est selon !


Bruit de fond: Julio Iglesias - Je n'ai pas changé
Image: dénichée sur internet
Citation du jour: "Je peux écarter les nuages, mais pas t'obliger à regarder le soleil" LECLERCQ Romain

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